La gifle de l'air matinal froid met au diapason mon corps et mon esprit. Cette alliance est nécessaire pour affronter la journée.
Le métro est bondé mais il fait un silence de mort. Tels des hommes qui font la queue devant un bordel, on s'évite du regard. On ne veut pas montrer sa honte, son humiliation d'hommes qui pour assouvir l'irrépressible besoin de vivre acceptent une déchéance collective. Un enfant noir me fait cadeau d'un sourire radieux puis enfouit sa tête dans la poitrine de sa maman. Puis il recommence. Il m'arrache un sourire. Par crainte que ses magnifiques yeux ne sondent mon âme jusqu'à y dénicher ce chagrin enfoui, je détourne la tête.
Un jeune arabe, un moyen-oriental, je le jurerais, me fixe des yeux. Il a les mains calleuses; la peinture est mal nettoyé aux bouts de ses doigts. Un ouvrier du bâtiment sans doute. Son regard pesant me transperce et me met en colère. Que croit-il? Qu'espère-t-il en me toisant de la sorte? Soudain, je me mets à lui imaginer une vie. Une vie d'esclave travaillent peut-être au noir loin de ses attaches, loin de toute douceur féminine. Mon coeur s'adoucit. Juste avant de descendre, je lui souris de bon coeur. J'avais l'orgueil de croire que cette « sadaqa » apporterait un peu de bonheur à sa journée. Son regard passe très vite de la surprise à la joie.
Heureusement, je ne l'ai plus croisé sinon j'aurais été dans de beaux draps...