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Mardi 12 Juin 2007

Nous n'étions qu'en septembre, période des longues files d'attente devant les secrétariats pédagogiques. Jawed était deux places devant moi. Ses yeux se cachaient derrière des lunettes noires qui épousaient parfaitement la forme de son visage bronzé. Il avait la chevelure de Johnny Depp dans Sleepy Hollow. On voyait bien que la moindre mèche rebelle avait fait l'objet de longues études devant le miroir. Ah! je peux pas dire qu'il me plaisait pas! Il était tout à fait mon genre, grave de chez grave mon genre. Mais je sais d'expérience que tous les mecs qui sont de mon genre sont de parfaits connards et vice versa, tous ceux que je trouve intelligents et intéréssants ne sont pas très beaux. Pourtant, beauté et intelligence ne sont pas antonymes comme dirait Vivamed, y'a qu'à me voir. Je suis tentée de rajouter, non je rigole, mais comme je ne rigole pas, je ne l'ajoute pas.

Il m'avait remarquée et remarqué que je l'avais remarqué alors il fallait qu'il se décide vite parce que moi, m'qachra d'accord, mais pas au point de faire le premier pas. « T'es charmante hein mademoiselle hein! » qu'il me sort. Les hein sont volontaires. Le mec se forçait à prendre l'accent le plus parisien possible. Je dis : « T'habb tahdar bal arbiya, ahdar! ». Il était surpris : « Je t'ai hein! pris pour une gauloise hein ». Je réponds « Je le suis à moitié. La moitié de droite, celle où il n'y a pas le coeur! » (la dernière phrase, je l'ai rajoutée maintenant pour faire style mais je l'ai pas dite ce jour là quoique c'est une formule que j'aime bien pour faire l'intéressante mais qui est vraie quand même). Il m'apprend qu'il est originaire d'Oran. Après, j'ai nettement préféré ses « wah » et ses « hambouk » bien plus que ses « hein » débiles. C'est comme ça que notre histoire avait commencé en septembre...

Le mois dernier par une soirée torrentiellement pluvieuse, il était venu me supplier de la laisser passer la nuit chez moi. Après réflexion, je lui avais répondu que pour des raisons purement humanitaires, je ne pouvais pas le laisser dehors mais n'ayant pas de baignoire ni grande cuisine où le caser, je ne savais pas où il allait dormir dans mon petit studio. J'avais fini par lui assigner deux mètres carrés sur la moquette assez épaisse et une couverture plus un petit déjeuner le matin et un « touche pas à mes muffins! il m'en reste que deux! tu as droit à un café et deux tartines beurrés, c'est tout! » et je lui avais dit de ne plus revenir, jamais!

Samedi 09 Juin 2007
Par ce temps de fièvre élective, j'ai décidé de ne pas m'abstenir mais à ma façon.



On avance d'un pas hésitant. L'obscurité qui règne à l'intérieur n'est pas rassurante mais lorsqu'on franchit le seuil, on se sent instantanément bien, enveloppée par la chaleur accueillante de la maison. Les yeux s'habituent peu à peu à la pénombre. On découvre alors les tableaux. Belles décorations chamarrées qui ornent les murs sombres. On est séduits par la variété des paysages et des portraits. On s'attarde sur chaque tableau. Ici le dessin représente une vieille femme ridée qui porte sur ses frêles épaules le poids de la douleur d'un pays meurtri. Les larmes coulent toutes seules, chaudes et brûlantes. Là, une fresque représentant une maison de la casbah d'antan. On devine les silhouettes dansantes des spectres qui hantent le lieu. On se glisse dans la peau d'une souris pour découvrir les secrets qui se dissimulent derrière  la grande porte et nous voilà témoins d'une histoire d'amour tendre et légère où l'humour omniprésent donne du baume au coeur. Cette affiche milite pour l'environnement. Elle représente une immense décharge où les rêves brisés d'un peuple s'entassent défigurant le paysage. Avec talent, l'artiste nous fait entrevoir que sous les immondices, il y a l'endroit le plus beau de la terre. Un inscription en bas du tableau appelle à la dépollution des esprits blasés et désespérés.


On aura tout le temps pour admirer les autres tableaux.


On monte à l'étage. Une porte est à moitié ouverte. On la pousse. C'est la chambre d'enfants. Un bébé dort. Une petite fille joue à la poupée et lance des regards espiègles. On ne veut pas déranger. On passe sur la pointe des pieds devant la chambre des parents. On entend des chuchotements, des interrogations. On redescend.
Dans le séjour, on découvre la bibliothèque. Un trésor! Un traité de mathématiques à la portée du profane, un regard sur l'actualité, sur une certaine littérature, sur un certain cinéma...  On croit avoir tout vu. On s'apprête à partir. Auparavant, on se pomponne devant la glace dans la salle de bains puis par curiosité on ouvre la boîte à pharmacie. Elle est remplie de médicaments contre un mal unique : la connerie. Une bonne dose de ce sirop vous requinque l'humanité. Il a des effets secondaires, on sent une bouffée d'extase lorsque le poème passe dans le coeur. Il y a des pillules de toutes les couleurs. Les blanches à l'usage exclusif des hommes. Un comprimé matin, midi et soir et la machistite aigüe des ces messieurs se trouve atténuée. Les jaunes et les rouges guérissent de la fanatistite des pays chauds. Prenez-en autant que vous voulez, c'est sans risque....

On s'éloigne puis on se retourne. La maison est toujours aussi moche en apparence avec ses appariements de couleurs maladroits mais grâce à la magie des mots, on reste au fond de soi sous le charme de ce mélange subtil de tendresse et d'humour et surtout cette touchante authenticité qui fait que ce lieu aurait pu, aurait dû, porter le nom de BLADI.


Je suis tombée amoureuse de ce blog...


publié par alkhansa dans: alkhansa
Mercredi 30 Mai 2007

Dans le miroir déformant de la libido eachmanienne, les monde subit des torsions et distorsions qui finissent par diviser l'humanité en deux grands groupes : les hommes épanouis qui baisent à droite et à gauche pour, tenez-vous bien, l'équilibre et le plus grand bien de leur vie familiale et ceux, malheureux inconscients, qui refrènent leurs désirs d'ailleurs au point de mettre en péril leur foyer. Aux premiers, on est presque tenté d'accrocher la médaille (ou la queue d'or) de bravoure et de dévouement et aux seconds un bonnet d'âne pour irresponsabilité.

Si le paradoxe vous étonne, rappelez-vous, mesdames et mesdemoiselles, que si certains queutards sont capables de vous raconter n'importe quoi, de vous faire rêver, dans le but de vous attirer dans leur lit, certains autres sont capables par un tour de passe passe de mettre sens dessus dessous les raisonnements et les valeurs dans le but de justifier la forfaiture. Même si elle est quelquefois limitée, l'intelligence de l'homme est souvent entièrement orientée dans la conception de ces numéros d'illusionnistes qui vous anesthésient.


Aux nombreux hommes charmants, courageux et responsables qui aiment d'amour sincère et qui comme tout les êtres humains, peuvent tromper et se tromper mais qui ne cherchent pas à prendre la tromperie pour autre chose que ce qu'elle est. A tous ceux qui, sentant un irrépressible besoin d'ailleurs, sont allés voir leurs épouses pour leur dire que ça ne pouvait pas durer comme cela, je présente mes excuses pour les lignes écrites ci-dessus.


A toutes celles et ceux qui seraient offusqués par des mots utilisés sciemment ci-dessus, je dis que la vulgarité n'est jamais dans les mots. Elle est ailleurs, cherchez là.

Dimanche 27 Mai 2007

 



(J'suis arrivée. Merci Mkidech!)

 


Sur la pochette du CD, il y a toujours ton écriture régulière et soignée :


Ma petite Soussou,

Ferme les yeux et confie ton âme à Petrucciani. Écoute son interprétation de caravan. Il t'emmènera en voyage à la découverte de tes propres émotions. Cet homme est un génie.

Papa.


Tu savais que je ne comprenais pas ton engouement pour ces musiques qui me paraissaient dissonnantes, dénuées de toute harmonie. Tu me disais que lorsqu'on est enfant, on aime les bonbons et les frites, les goûts simples et évidents mais avec un apprentissage, notre palais devient sensible aux subtiles saveurs des légumes et des épices. Un jour, j'espère, m'as-tu dit, tu aimeras le jazz, la musique classique, Oum Kalthoum et la gnawia de ta grand-mère.


Je commence à peine à comprendre.


publié par alkhansa dans: alkhansa
Mercredi 23 Mai 2007

Leur baiser était passionné et puissant. Il l'aspirait avec force au point où ses joues se creusaient et son visage s'allongeait. Sur elle, l'effet était instantané : Son incandescente rougeur se faisait plus vive, plus brûlante pendant qu'il fermait les yeux pour savourer sa substance qui se diffusait dans tout son corps.

J'ai maintes fois observé leur tête à tête. Je la détestais. Je détestais sa danse identique à celle d'un serpent ondulant au rythme aguichant de l'air qui s'échappait de la bouche du charmeur. Pendant leur baiser dont il ne se lassait jamais au point de le répéter encore et encore maintes fois par jour, elle lui distillait son venin mortel et le tuait lentement. Mais je l'aimais aussi. Je l'aimais parce qu'elle l'imprégnait tellement qu'elle en devenait lui. Quand il m'enlaçait tendrement, c'est son odeur à elle qui envahissait mes narines. Elle était lui. Elle l'a tué.

Aujourd'hui, elle est bannie de ma vie, bannie de ma vue, de mon odorat. Parfois, malgré tout, malgré moi, au hasard de mes déplacements en ville, je la respire et je me surprends à laisser ses effluves s'attarder dans mes narines. Souvenir dérisoire.


Je hais la cigarette.

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