Leur baiser était passionné et puissant. Il l'aspirait avec force au point où ses joues se creusaient et son visage s'allongeait. Sur elle, l'effet était instantané : Son incandescente rougeur se faisait plus vive, plus brûlante pendant qu'il fermait les yeux pour savourer sa substance qui se diffusait dans tout son corps.
J'ai maintes fois observé leur tête à tête. Je la détestais. Je détestais sa danse identique à celle d'un serpent ondulant au rythme aguichant de l'air qui s'échappait de la bouche du charmeur. Pendant leur baiser dont il ne se lassait jamais au point de le répéter encore et encore maintes fois par jour, elle lui distillait son venin mortel et le tuait lentement. Mais je l'aimais aussi. Je l'aimais parce qu'elle l'imprégnait tellement qu'elle en devenait lui. Quand il m'enlaçait tendrement, c'est son odeur à elle qui envahissait mes narines. Elle était lui. Elle l'a tué.
Aujourd'hui, elle est bannie de ma vie, bannie de ma vue, de mon odorat. Parfois, malgré tout, malgré moi, au hasard de mes déplacements en ville, je la respire et je me surprends à laisser ses effluves s'attarder dans mes narines. Souvenir dérisoire.
Je hais la cigarette.